18 octobre 1840 : retour des cendres de l’Empereur.

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18 octobre 1840 : retour des cendres de l’Empereur.

Message  Vlassov le Sam 18 Oct - 10:39


18 octobre 1840 : retour des cendres de l’Empereur.








Le dimanche 18 octobre, à huit heures du matin, la Belle Poule,
la Favorite et l’Oreste appareillent de l’ile de Sainte-Hélène.



Le prince de Joinville

Le 14 octobre à minuit, les membres de la mission revinrent à la vallée du tombeau.
Le prince de Joinville était demeuré à son bord car, toutes les opérations
jusqu’à l’arrivée du cercueil impérial au lieu de l’embarquement devant être conduites
par des soldats étrangers et non par les matelots français,
il estimait ne pouvoir assister à des travaux qu’il ne pouvait diriger.




Ouverture du cercueil de Napoléon dans la vallée du Tombeau à Sainte-Hélène

Du côté français, on trouvait, autour du comte de Rohan-Chabot entre autres,
les généraux Bertrand et Gourgaud, Emmanuel de Las Cases,
les anciens serviteurs de l’Empereur, l’abbé Félix Coquereau,
aumônier de la Belle Poule, avec deux enfants de chœur,
les capitaines Guyet, Léonard Charner et Doret, le docteur Guillard,
chirurgien-major de la Belle Poule,
enfin un ouvrier plombier, le sieur Leroux ; du côté britannique :

- MM. William Wilde, le colonel Hodson, que Napoléon prénommait Hercule,
et Seale, membres du conseil colonial de Sainte-Hélène,
MM. Thomas et Brooke, le colonel Trelawney,
commandant l’artillerie de l’île, le lieutenant de vaisseau Littlehales,
le capitaine Alexander, qui représentait le gouverneur Middlemore
(celui-ci, quoique souffrant, finit par se rendre sur place accompagné de son fils
et d’un aide-de-camp), enfin Mr Darling, qui avait été tapissier à Longwood
du temps de la captivité.

De plus, il y aurait eu la présence du sergent Abraham Millington,
l’armurier qui avait soudé les cercueils de Napoléon en 1821.
Il a laissé un procès-verbal de cette opération qui fut publié
pour la première fois en 1836.
Millington avait été reconnu par les serviteurs de Longwood lors d’une promenade en ville,
et avait assisté à l’ouverture des cercueils.


À la lueur des torches, les soldats britanniques se mirent à l’ouvrage.
Ils déposèrent la grille, puis les pierres qui formaient la bordure de la tombe,
dont on avait au préalable retiré la terre végétale et les fleurs qui y avaient poussé,
que les Français se partagèrent.
On leva ensuite les trois dalles qui fermaient la fosse.
De longs efforts furent nécessaires pour venir à bout de la maçonnerie
qui renfermait le cercueil.
A neuf heures et demie, la dernière dalle fut retirée et le cercueil apparut.
L’abbé Coquereau l’aspergea de l’eau de la source où Napoléon avait aimé boire,
qu’il avait bénite, et récita le De profundis.
Le cercueil fut levé et transporté sous une grande tente rayée bleu et blanc
qu’on avait dressée la veille.
Puis l’on procéda à l’ouverture de la bière, dans un silence complet.
Le premier cercueil d’acajou dut être scié aux deux bouts pour en extraire
le second cercueil, de plomb, qu’on plaça dans le cercueil d’ébène de forme antique
qui avait été amené de France.

A l’arrivée du général Middlemore et du lieutenant Touchard,
officier d’ordonnance du prince.
Lorsqu’ils se présentèrent, on procéda au dessoudage du cercueil de plomb.
Le cercueil suivant, d’acajou, était remarquablement conservé.
Les vis en furent difficilement ôtées.
On put alors ouvrir, avec d’infinies précautions, le dernier cercueil, de fer blanc

Lorsqu’on en eut ôté le couvercle, on vit apparaître une forme blanche, indécise,
qui paraissait flotter comme dans un rêve.
Le capiton de satin blanc dont était garnie la partie supérieure du couvercle
s’était détaché et recouvrait le corps comme un linceul.
Le docteur Guillard roula délicatement cette enveloppe, depuis les pieds jusqu’à la tête.
L’Empereur apparut alors.
Son uniforme vert à parements écarlates de colonel des chasseurs de la garde
était parfaitement conservé.
La poitrine était encore barrée du cordon rouge de la Légion d’honneur mais, sur l’habit,
les décorations et les boutons étaient légèrement ternis.
On observa que le corps avait conservé une position aisée, la tête reposait sur un coussin,
et l’avant-bras et la main gauche sur la cuisse.
Le visage était serein, seules les ailes du nez étaient altérées.
Les paupières entièrement fermées présentaient encore quelques cils.
Une gencive légèrement rétractée laissait briller, comme au moment de la mort,
trois incisives très blanches.
Le menton était piqueté d’un peu de barbe bleuâtre qui,
à cause du dessèchement de la peau, était apparue.
Les mains étaient dans un état de conservation parfait.
Les doigts avaient des ongles longs, adhérents et très blancs.
Les coutures des bottes, seules, avaient craqué et laissaient entrevoir
les quatre doigts inférieurs de chaque pied.
Le petit chapeau était placé en travers sur les cuisses.

Tous les spectateurs étaient sous le choc.
Gourgaud, Las Cases, Philippe de Rohan, Marchand, tous les serviteurs pleuraient.
Bertrand était comme terrassé par l’émotion.
Au bout de deux minutes d’examen, Guillard proposa de poursuivre l’examen
du corps et d’ouvrir les vases contenant le cœur et l’estomac.
Gourgaud, réprimant ses sanglots, se mit en colère et ordonna qu’on refermât
aussitôt le cercueil.
Le médecin obtempéra, remit le satin en place qu’il aspergea d’un peu de créosote,
puis on remit en place le couvercle de fer blanc, mais sans le ressouder,
le couvercle du cercueil d’acajou, puis on ressouda le cercueil de plomb,
et l’on ferma enfin la serrure à complications du cercueil d’ébène amené de France.
L’ensemble fut placé dans un sixième cercueil, en chêne, destiné à protéger celui d’ébène,
et cette masse de 1 200 kilogrammes fut hissée par 43 artilleurs sur un solide corbillard
drapé de noir et portant, à chaque de ses angles, quatre panaches de plumes noires,
que tiraient péniblement quatre chevaux caparaçonnés de noir.
Le cercueil fut recouvert d’un poêle funèbre (4m30* 2m80) fait d’une grande pièce
de velours semée d’abeilles d’or, des aigles surmontés d’une couronne impériale
aux angles et d’une grande croix d’argent.
Les demoiselles de l’île offrirent au commissaire français les drapeaux tricolores
qui devaient servir à la cérémonie, et qu’elles avaient confectionnés de leurs mains,
ainsi que le pavillon impérial qui devait flotter sur la frégate La Belle-Poule.

À trois heures et demie, sous une pluie battante, tandis que la citadelle et la Belle Poule
tiraient alternativement le canon, le cortège s’ébranla lentement sous le commandement
du gouverneur de l’île.
Le comte Bertrand, le baron Gourgaud, le baron de Las Cases fils, et Marchand,
portaient les coins du drap.
Un détachement de milice, suivi d’une foule de peuple, fermait la marche,
pendant laquelle les forts tiraient le canon de minute en minute.
Parvenu à Jamestown, le convoi défila entre deux haies de soldats de la garnison,
ayant leurs armes renversées.
Les vaisseaux français mirent leurs canots major à la mer.
Celui de la Belle Poule était orné d’aigles dorés, et portait le prince de Joinville.

À cinq heures et demie, le convoi funèbre s’arrêta au début de la jetée.
Le major général Middlemore, très âgé, fort malade, s’avança péniblement
vers le prince de Joinville.
Cette brève rencontre en français approximatif marqua la remise du corps de Napoléon
entre les mains de sa patrie.



Le transfert des cendres de Napoléon à bord de La Belle Poule, Eugène Isabey.


Avec d’infinies précautions, le lourd cercueil fut déposé dans la chaloupe.
Les navires français, qui arboraient jusque-là les signes du deuil, hissèrent aussitôt
leurs couleurs et tous les navires présents tirèrent.
Sur La Belle-Poule, 60 hommes étaient sous les armes, les tambours battaient
aux champs et la musique faisait entendre des airs funèbres

Le cercueil fut hissé sur le pont et débarrassé de son enveloppe de chêne.
L’abbé Coquereau donna l’absoute.
Napoléon était de retour en territoire français.

À six heures et demie, le cercueil fut déposé dans une chapelle ardente,
ornée de trophées militaires, qu’on avait dressés à l’arrière du bâtiment.

À dix heures le lendemain matin, la messe fut dite sur le pont, puis le cercueil descendu
dans la chapelle ardente de l’entrepont, pendant que la musique de la frégate jouait,
dit-on, le grand air de Robert le Diable de Meyerbeer.

Cette opération achevée, chaque officier reçut une médaille commémorative,
tandis que les matelots se partageaient le cercueil de chêne et le saule mort
qu’on avait arraché de la vallée du tombeau.





Source : study



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