3 Juillet 1940....l'agression britannique sur Mers-el-Kébir

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3 Juillet 1940....l'agression britannique sur Mers-el-Kébir

Message  Vlassov le Jeu 3 Juil - 10:44

 

"Le souvenir de ces morts dérange tout le monde
parce que l'évènement échappe à la logique.
Il est à part des tragédies de la guerre.
Personne n'a intérêt à ce que l'on en parle trop
."

(Amiral Marcel Gensoul)

Mers-el-Kébir....le "Grand Port",mot composé arabe, évoque la mer
que ce lieu géographique essaie d'étreindre dans la tenaille largement ouverte de sa rade,
et l'installation portuaire que la France de la seconde moitié du XXè siècle y a créée...
Tour à tour port de pirates,centre de transit commercial et base navale,
elle a offert une physionomie différente à chaque nouveau contact de populations,
à travers les vicissitudes d'une histoire bimillénaire.
Ce mouillage est à 200 kilomètres des ports ibériques de Carthagène et d'Alméria,
du port rifain de Mélilla,à une distance à peu près double du Détroit de Gibraltar,
passage obligatoire de la Méditerranée à l'Atlantique ou du Moyen-Orient
à l'Occident européen.
Mieux abrité que Gibraltar,le port possède une des rades les plus belles

et les plus sûres de l'Algérie.
Le site profite enfin de la proximité de l'agglomération urbaine d'Oran,
créée au début du Xè siècle.
Le but de la base navale est,non seulement de complèter la défense des côtes
algériennes, de maintenir l'intégrité du territoire français, mais aussi d'assurer
la liberté des communications et d'organiser notre présence dans la Méditerranée occidentale,en cas de conflit, face à une Italie hostile (en 1939) et une Espagne
d'une neutralité bienveillante envers les pays de l'Axe Berlin-Rome.

L'armistice franco-allemand du 22 juin 1940 consacre l'échec de nos armées
sur terre, notre flotte, une des plus puissantes qui n'avait pas été vaincue,
est libre.

Ni l'amiral Darlan ni le général Weygand n'avaient l'intention ...
"de livrer à l'ennemi une unité quelconque de notre flotte de guerre.
"

et De Gaulle le dira, le 16 juin à Churchill en ces termes:

"La flotte ne sera jamais livrée,d'ailleurs,c'est le fief de Darlan,
un féodal ne livre pas son fief.Pétain lui-même n'y consentirait pas
"
.

Les Anglais,de leur côté,désiraient que notre flotte, riche en unités lourdes et légères,
se rendit dans leurs ports.
Elle aurait pu le faire,le 16 juin 1940, mais personne ne lui en donna l'ordre
et la Marine reçut l'assurance, "qu'en aucun cas,la flotte ne serait livrée intacte",
mais qu'elle se replierait probablement en Afrique ou serait coulée précise
l'Amiral Darlan.
Hitler ne demandait pas livraison de notre flotte
(le projet d'armistice ne le prévoyant d'ailleurs pas),pas plus que de nos colonies,
sachant qu'il n'était pas dans les intentions de la France d'accepter de telles exigences.
Les 18 et 19 juin furent sabordées ou détruites des unités en construction
à Cherbourg, celles en réparations à Brest,Lorient, La Pllice et au Verdon.
Les bâtiments capables de prendre la mer appareillent partie pour Plymouth,
partie pour Casablanca,même le cuirassé Jean Bart inachevé.


UN CRIME SANS EXCUSE.


Le 27 juin
, Churchill,en dépit des assurances données
par le gouvernement Français, décida,dans le plus grand secret,
de mettre "hors d'état de nuire" la marine française.
Cette opération aura pour nom Catapult.
Le 30 juin,dans un accès de colère,l'amiral North s'adresse
à l'amiral Somerville:

-  "Qui a eu cette fichue idée(opération Catapult) ?"

-  Churchill ! répondit Somerville

- "No Catapult but Boomerang ! Cette opération nous met en danger,
répliqua North.Winnie (Churchill) est fou !
Je vois ce qu'il veut mais c'est une solution criminelle."

Les bâtiments de la Méditerranée, le 3 juillet 1940,sont amarrés le long de la jetée
de Kébir,d'Est en Ouest:

- le transport Commandant Teste,

- les cuirassés Bretagne et Provence,

- les croiseurs Strasbourg et Dunkerque.

Leur font vis-à-vis, dans le fond ouest de la baie,six contre-torpilleurs:

- Mogador,Volta,Tigre,Lynx,Terrible,Kersaine...
les fleurons de la flotte française.

Au mât du Dunkerque flotte la marque de l'Amiral Gensoul,commandant en chef...
La démobilisation doit commencer dans quelques jours,les équipages se préparent
à aller en promenade pour se distraire à terre.


Les clauses de l'armistice ont été scrupuleusement observées,
et dans le délai qui avait été fixé.

- Sur nos bâtiments, les culasses des pièces ont été démontées,
il en a été de même dans les batteries de côtes et de DCA.


- Dans les hangars d'aviation, les mesures de démobilisation ont été prises,
on a vidé les réservoirs de leur essence, démonté les canons des chasseurs
et les mitrailleuses de tous les appareils,les munitions ont été rassemblées
et mises en dépôt.

Vers 7 heures du matin,un torpilleur anglais,le Foxhound,
se présente devant Mers-el-Kébir.
Un premier message annonce qu'il a à son bord un officier britannique,
chargé d'apporter au commandant en chef de la flotte de l'Atlantique
une communication de la plus haute importance.

Mais une véritable force navale l'accompagne:

- le Hood,bâtiment de 42 000 tonnes, le plus grand cuirassé du monde,
armé de pièces de 380,

- le Vaillant,la Résolution, armés également de pièces de 380,

- l'Ark-Royal,le plus rapide des porte-avions anglais,
tous escortés de bâtiments légers et de torpilleurs.

Sur les bâtiments français,l'arrivée inattendue de cette imposante armada
provoque de l'étonnement,qui sera bientôt de la stupeur.
Un officier d'état-major français est envoyé par l'amiral Gensoul à la rencontre
de l'officier britannique,le commandant Holland.

Celui-ci est porteur d'un document qu'on peut résumer ainsi:

"La flotte de l'Atlantique est invitée à rallier la flotte britannique,
ou à défaut, un port de l'Amérique,avec équipages réduits.
En cas de refus de cette offre, elle devra se saborder,sinon,
par ordre du gouvernement de Sa Majesté,
la flotte britannique usera de la force
."


L'amiral Gensoul réaffirma au parlementaire britannique que les craintes de voir
les bâtiments français tomber aux mains des Allemands et des Italiens étaient injustifiées:

"  La marine française n'a pas l'habitude de manquer sa parole !"  
 s'exclama-t-il.

Plus tard,il affirmera qu'il ne pouvait accepter un ultimatum se terminant par:

"ou vous coulez vos bateaux ou je vous coule.
C'est exactement la bourse ou la vie.
Dans la Marine,nous n'avons pas cette habitude-là
"


Servitude et grandeur militaires !

Ainsi, nos bâtiments, contre la force, se défendraient par la force.
Au moment où l'officier britannique sortait de la rade,
le commandant de la flotte anglaise signalait:

"Si les propositions britanniques ne sont pas acceptées,
il faut que je coule vos bâtiments
."


Les bateaux français, aux feux éteints,disposés pour un désarmement rapide,
reçoivent l'ordre à 7h55:
"Prendre dispositions de combat",

puis à 9h10:

"Flotte anglaise étant venue nous proposer ultimatum inacceptable,
soyez prêts à répondre à la force par la force
"

En effet,le 3 juillet 1940,vers 10h, l'Amiral anglais Somerville
adresse un ultimatum aux unités de la flotte française:

"Coulez vos bâtiments de guerre dans un délai de 6 heures,
ou nous vous y contraindrons par la force
".

Après un conseil tenu par l'Amiral Jarry,commandant la Marine à Oran,
le général de Saint-Maurice et le Préfet Boujard,
celui-ci informe la population, par un communiqué affiché à 13h30:

"qu'une alerte réelle pourrait avoir lieu l'après-midi,l'invite à se réfugier
dans les abris,tranchées,etc..,renvoie les élèves dans leur famille
".

Les consulats anglais du département sont gardés et surveillés,
pour parer à toute manifestation.
Les services de défense passive,l'hôpital, les services sanitaires,
la Croix-Rouge et la police sont alertés.
La dispersion des habitants de Mers-el-Kébir est décidée ,seul le Maire,
les conseillers municipaux,les fonctionnaires et ouvriers de la Centrale
et des travaux portuaires restent à leur poste.
Dès 14h, l'heure approximative de l'expiration de l'ultimatum,les avions de l'Ark Royal
volant sur l'eau déposent des mines magnétiques,
à l'entrée du port et de la rade de Mers-el-Kébir.
L'escadre française est pratiquement bloquée (Churchill l'a reconnu).

L'Amiral Gensoul cherche à gagner du temps pour permettre aux batteries côtières,
aux avions de la Sénia (aéroport situé à la périphérie d'Oran),aux unités de la Flotte,
de se réarmer pour le combat et aussi de laisser à nos alliés d'hier le temps
de réfléchir à la portée de leur ultimatum.

L'Amiral anglais répond à une demande de cesser le feu qu'il ne l'arrêtera
"que quand toute la flotte française sera coulée".





LA HAINE DE NOS ALLIES.


A 16h56, la flotte anglaise commence le feu.







Abritée derrière l'éperon rocheux du fort de Mers-el-Kébir,elle tire à cadence accélérée
sur nos bâtiments qui cherchent à sortir de la rade.
Les consignes s'exécutent partout avec ordre,à Oran comme à Mers-el-Kébir.
Après 12 ou 15 minutes de "tir au gîte",les batteries côtières du Santon
et de Canastel répondent au feu des Anglais, le Strasbourg sort des passes.

Le bilan s'établit ainsi
:

- le croiseur Bretagne, atteint,explose,coule en sept minutes et disparaît sous l'eau:

- 150 hommes seulement sur 1 300 fuient la mort,soit à la nage, soit en chaloupes.

- le croiseur Dunkerque, n'ayant pu prendre la mer,à cause d'une avarie
à son gouvernail, reçoit un obus qui tue 150 marins,
plus de 100 mécaniciens et chauffeurs, 2 ingénieurs...
Le bâtment est hors de combat.

- le croiseur Provence,touché,peut par ses propres moyens,
aller s'échouer sur la côte de Kébir:il y a 4 morts.

- le contre-torpilleur Mogador X61,incendié par l'arrière,
s'échoue et compte 14 morts.

- le Rigaut de Genouilli est atteint,seul le Commandant Teste,non cuirassé,
amarré à la jetée en construction,est intact.

- le Strasbourg fonce vers la haute mer,part vers Alger,puis vers Toulon.

Et partout ces mêmes visions apocalyptiques,parmi les carcasses d'acier éventrées,calcinées,retentissaient les cris déchirants de centaines
et de centaines de marins agonisants,mutilés,brûlés ou suffocant au milieu
d'une fumée âcre et d'un mazout noirâtre qui étouffent leurs dernières plaintes.

Aussitôt les secours s'organisent.Le Maire de Mers-el-Kébir,M.Boluix-Basset,
les pêcheurs,gendarmes,pompiers,marins rescapés et la population aident au sauvetage
des hommes des bâtiments atteints,jetés à l'eau valides ou blessés.
Une chapelle ardente est installée dans la salle du cinéma de Kébir.

Les obsèques des 1 380 marins assassinés,ont lieu le 5 juillet,
au cimetière de Mers-el-Kébir,en présence du Maire,du Préfet et de l'Amiral Gensoul
qui s'adressera une dernière fois à ses hommes en ces termes:

"Vous aviez promis d'obéir à vos chefs,
pour tout ce qu'ils vous commenderaient pour l'Honneur du Pavillon
et la grandeur des armes de la France.
Si,aujourd'hui,il y a une tache sur un pavillon,
ce n'est certainement pas sur le nôtre
"


Le drame n'est pas terminé pour autant.

La haine ancestrale de nos "alliés" allait se concrétiser ce 6 juillet 1940.
A 6h30, par trois fois en vagues successives,des avions britanniques survolent la rade,
à basse altitude,déposent des mines magnétiques entre le Dunkerque et la passe,
prennent le navire comme cible.

Torpilles et bombes atteignent le bâtiment qui s'enfonce et échoue sur le fond,
en donnant de la bande.
Les trois chalutiers ou remorqueurs,coopérant à l'évacuation des morts du 3 juillet,
sont coulés à leur tour.

La DCA côtière,les batteries du Santon,Bel Horizon et Lamoune,les mitrailleuses
installées sur la côte,au stade de la Marsa et à l'usine électrique répondent.
Le drame,c'est que cette attaque fera encore 205 tués et 250 blessés
atteints gravement.
Au total,la marine française déplore plus de 1 927 morts ou disparus
et plusieurs centaines de blessés dont la plupart gravement brûlés.

Deux avions anglais sont abattus.

Ce qui est horrible,c'est que les marins anglais ont tué en une semaine
plus de marins français que la Flotte allemande pendant toute la Seconde Guerre mondiale.
Nous ne sommes pas loin des 2 403 morts du drame de Pearl Harbor,
l'un des grands évènements de cette guerre puisqu'il décida de l'entrée en guerre
des Etats-Unis d'Amérique.
Mais les Japonais étaient leurs ennemis,les Anglais étaient nos alliés.

C'est là un crime inqualifiable...impardonnable.

Le 8 juillet,De Gaulle,parlant au micro de la BBC,déclare:

"En vertu d'un engagement déshonorant,
le gouvernement qui fut à Bordeaux avait consenti à livrer nos navires
à la discrétion de l'ennemi....
J'aime mieux savoir le "Dunkerque" notre beau,notre cher,
notre puissant "Dunkerque" échoué devant Mers-el-Kébir,
que de le voir un jour,monté par les Allemands,
bombarder les ports anglais,ou bien Alger,Casablanca,Dakar
."

et pas le moindre mot de compassion envers les victimes de cette tragédie
.

Pour la première fois se trouvait ainsi affirmée,
dans la bouche même d'un général français,une contrevérité:

- Alger,Casablanca,Dakar,donc les clés de l'Empire,
allaient être utilisées contre les alliés britanniques.

Et comme il vouait une haine viscérale à "l'Empire" qu'il considérait
comme "Pétainiste" et qu'il fallait absolument mettre au pas
pour la réalisation future de ses desseins, il donna à la flotte britannique,
le 23 septembre 1940 , la consigne de bombarder Dakar.
Ce fut l'échec.L'insuccès des Britanniques fit comprendre aux uns et aux autres
qu'il était vain de vouloir détacher l'Empire français de la Métropole et que la poursuite
des attaques servirait de prétexte à une intervention allemande.


UNE DECISION INHUMAINE.  

Dans ses mémoires,Churchill n'a pas caché son embarras.

Il a comparé Mers-el-Kébir à une tragédie grecque:

"Ce fut une décision odieuse,
la plus inhumaine de toutes celles que j'ai eues à partager
"
écrivit-il.

Les historiens,les politiques,les "moralistes" et les censeurs qui ont eu à juger
des hommes,des gouvernements,et à écrire l'Histoire,ont dédaigné de prendre
en considération le traumatisme dévastateur que cet évènement tragique
avait produit dans les esprits....
Mers-el-Kébir explique en grande partie l'attitude de bon nombre de nos gouvernants
de Vichy durant le conflit,comme elle explique aussi celle des autorités civiles
ou militaires d'Algérie en 1942-1943 et d'une population acquise au Maréchal Pétain
mais volontaire pour poursuivre la lutte avec Darlan et Giraud contre
les puissances de l'Axe.
L'Afrique du Nord,malgré son traumatisme,accepta de rentre en guerre en 1942
et sera,avec son "armée d'Afrique", l'une des composantes de la victoire finale.
Elle conservera,néanmoins,son hostilité à De Gaulle,que ce dernier,devenu président
du Comité de la Libération devait justifier.
Il se souviendra toujours de ce sentiment d'inimitié à son égard et,dès 1958,
remis au Pouvoir par ceux-là mêmes qui l'avaient blâmé,leur fera supporter
amèrement le poids de la rancune.

Ces morts Français,bannis de la mémoire nationale,auraient pu reposer en paix.
Or,le 5 juillet 2005,jour anniversaire d'une autre tragédie
(Le massacre de plus de trois mille Européens,le 5 juillet 1962 à Oran),
le cimetière de Mers-el-Kébir fut saccagé sans qu'aucune autorité gouvernementale française,aucun média, aucune association humanitaire et "antiraciste",
n'élevât la moindre protestation, préférant s'humilier à "commémorer"
la "répression" (beaucoup plus commerciale) de Sétif
par l'armée française en 1945
.
Aujourd'hui encore,le souvenir de cette lâche agression britannique contre la flotte
au mouillage et désarmée demeure vivace dans la Marine et, paraphrasant Talleyrand,
on peut affirmer que "Mers-el-Kébir a été pire qu'un crime,une faute".

Quant aux survivants de cette tragédie qui défilèrent devant les cercueils
de leurs camarades,ils ont conservé depuis ce visage dur des hommes qui n'oublient pas.


José Castano.

Source:RIVAROL n°3005 du 24 juin 2011,p.13

Mémoire de ce crime sans excuse ICI  
:  study

http://merselkebir.unblog.fr/

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