La mission secrète de Kurt Gerstein

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La mission secrète de Kurt Gerstein

Message  Lucien le Ven 31 Oct - 12:59

Zyklon B : La mission secrète de Kurt Gerstein

CITATION

Bonjour à tous ;

L’épisode bien connu de la commande d’acide cyanhydrique faite à Kurt Gerstein – et décrite
par lui dans son célèbre rapport – marque le début véritable de son extraordinaire aventure.
Elle fut maintes fois analysée par les négationnistes dans la tentative (futile, comme nous le verrons) de la discréditer.
Là où nombre d’entre eux (surtout Paul Rassinier et Henri Roques) ne prétendent voir que "bizarreries" et mensonges, ne se trouvent que des faits parfaitement explicables, pour peu
que l’on tienne compte de l’extrême particularité de la situation et… de la nature humaine.


( Kurt Gerstein -circa 1941 (source : Kurt Gerstein-Haus ; Hagen/Westf.- Berchum)

Ce résumé donnera une idée, j’espère, du fonctionnement d’une mission secrète, du secret entourant la Solution Finale, et des évènements vécus (et voulus) par Gerstein.
L’analyse est mienne, et n’engage que moi (elle est également protégée, donc usage perso, please). Je pense que c’est plutôt intéressant, mais c’est long (as usual), aussi posterais-je en 3-4 fois…
Les sources et références seront toutes citées en fin d’article.

Ce qu’il faut savoir pour comprendre le récit :

- L’épisode se passe en juin 1942. Cela fait 18 mois que Kurt Gerstein est entré à la Waffen-SS (Germania) comme simple volontaire, 14 mois qu’il travaille à L’Institut d’Hygiène de Berlin (voir : http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/crimes-de-guerre-et-contre-l-humanite-f18/l-institut-d-hygiene-de-la-waffen-ss-et-les-experiences-t6195.htm ), et 5 mois qu’il en dirige le département « Sanitaire ». Promu Untersturmführer (sous-lieutenant), son domaine de compétence est avant tout la purification de l’eau, mais s’étend également à la lutte contre la vermine, et aux substances toxiques.

- Cela fait deux mois et demi (depuis le 17 mars 1942) que les chambres à gaz du 1er centre d’extermination de Belzec (Pologne orientale) fonctionnent. L’opération « tâtonne » encore…

- Après la guerre, avant de se suicider, Gerstein rédigea son rapport en deux langues, français et allemand. L’authenticité de la version allemande est contestée par les négationnistes ; point de vue que je choisis d’ignorer, étant persuadé du contraire. La version française (la 1ère) a une syntaxe hésitante, ce qui rend le récit plus âpre et plus cru ; la version allemande, presque identique, est plus détaillée, Gerstein étant, bien entendu, plus à l’aise dans sa langue maternelle. Je cite donc les deux textes : KG-Fr pour la version française ; KG-All pour la version allemande.

Allons-y :

« Le 8 juin 1942, je reçus dans mon bureau de service la visite du Sturmbannführer SS Günther du Service Central de Sécurité du Reich de la Kurfurstenstrasse.
Günther vint en civil : je ne le connaissais pas jusque-là. Avec toutes sortes d'allusions mystérieuses, il me donna l'ordre de me procurer une quantité d'acide cyanhydrique (260 kg)
et de me rendre avec le poison, au moyen d'un véhicule du SD, en un lieu que seul le chauffeur connaissait. L'affaire se présentait comme une des affaires du Reich les plus secrètes du moment». (KG-All)

Le Sturmbannführer SS Rolf Günther qui se présente à l’Institut d’Hygiène dépourvu des signes distinctifs de son grade est un personnage particulièrement discret.
Attaché à la section « b » de l’Amt IVB4, le Bureau aux Affaires Juives, il est le bras droit d’Adolf Eichmann, et le seul à jouir d’une procuration administrative de ce dernier.
Compromis, de 1939 à 1940, dans les expulsions massives des Juifs du Reich et du Warthegau,
il s’ingéniera sa carrière durant à rester dans l’ombre ; seules quelques photos et de maigres détails biographiques issus de son dossier SS subsistent. Günther est aussi l’homme des chiffres ; plus tard, c’est lui qui sera chargé, avec son collègue Richard Glücks du WVHA (Office Central d’Administration & d’Économie SS), de tenir une comptabilité, aussi approximative soit-elle, des exterminations.


(Rolf Günther source: USHMM)

L’Amt IVB4 fait partie du I Bureau, un service du RSHA divisé en quatre cellules spécialisées dans l’examen et le classement de tout renseignement relatif aux groupes et communautés susceptibles de représenter une menace pour le régime. La mission de la section « b » est quadruple : évacuation des Juifs, confiscation des patrimoines hostiles à la nation, annulation de la citoyenneté allemande, et acquisitions. Ce dernier objectif consiste à procurer et administrer les ressources : Tous matériels ou services, quels qu’ils soient, nécessaires à quoi que ce soit dans l’ensemble du Reich et des territoires occupés, doivent en premier lieu transiter par IVB4. De même, tout ce qui est requis pour les camps de concentration et les centres d’extermination doit, à un moment ou un autre, être catalogué ou réquisitionné par lui.

Dans une thèse soutenue en 2006 à l’Université de Toronto, l’historienne Valérie Hébert note que Rolf Günther « ordonna à Gerstein de fournir 100kg de Zyklon B. Le but annoncé : examiner les possibilités de remplacer la méthode d’assassinat existante dans les camps de la mort (monoxyde de carbone) avec ce gaz ». Madame Hébert cite les rapports Gerstein (en français et en allemand) comme source de cette information, mais ce n’est pas tout à fait exact. Deux remarques :

- Premièrement, dans aucun des rapports n’est-il question de Zyklon B ; seulement de Blausäure,
ou d’acide prussique. Gerstein est chargé de procurer un poison sous son nom technique,
non sous celui de la variété commercialisée par Degesch.
Il ne s’agit pas de jouer sur les mots car, comme nous le verrons plus tard, il est plus que probable que le produit acheminé par Gerstein en Pologne fut effectivement du Zyklon B, mais de tenter
de reconstituer une chronologie possible des évènements.

- Deuxièmement, Günther ne divulgue ni le motif de la commande, ni la destination du produit. Le premier élément ne sera révélé à Gerstein que deux jours plus tard ; il prendra connaissance du second in situ, le 17 août.

L’Amt IVB4 pour qui l'affaire doit rester dans un cadre exclusivement SS, s’adresse à l’Institut d’Hygiène qui le dirige sur le service approprié et lui fournit un spécialiste qualifié pour mener l’opération à bien. Rolf Günther ne dépend pas d’Aktion Reinhard (voir : http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/crimes-de-guerre-et-contre-l-humanite-f18/des-einsatzgruppen-a-aktion-reinhard-t5670.htm ), mais il est initié et, en tant que tel, respecte les consignes de censure ; se bornant à transmettre avec toutes sortes d'allusions mystérieuses un ordre de mission à un officier des services techniques, sans divulguer plus que ce qui est nécessaire à sa réalisation. La suite des évènements ne le concerne pas.

Cette façon de procéder par initiation graduelle n’a rien d’insolite ; elle est conforme aux exigences de la déclaration secrète soumise aux participants d’Aktion Reinhard :
« Je ne dois en aucune circonstance transmettre d’informations quelle qu’elles soient, verbalement ou par écrit, relatives à la poursuite, aux procédés, et aux incidents liés à l’évacuation des Juifs,
et ce à qui que ce soit en dehors du personnel attaché à l’Aktion Reinhard. […]
Le processus d’évacuation des Juifs est un sujet classé ‘Document Secret du Reich’, en accord avec les règles de censure Vershl V.a ;… ».
Kurt Gerstein ne fait pas non plus partie du personnel d’Aktion Reinhard ; il n’est qu’un auxiliaire extérieur, choisi pour assurer cette mission en vertu de son expertise en désinfection.
Par conséquent, les informations ne lui sont fournies que partiellement.
Plus succincte encore, la version française de son rapport réaffirme l’aspect à la fois vague et secret de la commande :

« Le 8 juin 1942 il entra dans ma chambre le SS Sturmbannführer Günther du Reichssicherheitshauptamt, en civil, inconnu à moi. Il me donna l’ordre de procurer 100kg d’acide prussique et d’aller avec lui à un lieu qui n’était pas connu qu’au chauffeur du cammion ». (KG-Fr)

Ces observations semblent suggérer que l’entretien ne fut qu’une vérification de faisabilité, préalable au lancement de la mission ; aucun document n’est échangé, Gerstein n’est pas informé de la nature de l’opération ni, apparemment, du lieu où elle doit se dérouler. Dans son premier rapport, en français, il écrit que Rolf Günther avait exigé 100 kg. Dans le deuxième rapport, il s’agit de 260 kg. Lors de son interrogatoire du 19 juillet 1945, au siège du 2e Tribunal Militaire, à Paris, il confirme le second chiffre : « En juin 1942 je fus chargé de transporter ultérieurement deux cent soixante kilogrammes de cyanure de potassium au camp de Belzec ». Exagération, confusion ? Peut-être cent kilos furent-ils évoqués lors du premier entretien ? Si la différence entre les deux quantités ne revêt pas une importance capitale, elle trouve sa probable explication dans une déclaration de Gerstein au juge militaire français, François Matteï, le 13 juillet 1945 :

M : Qui avait fixé la quantité de cyanure à emporter ?

G : C’est moi-même qui l’avais fixé et cela compte tenu de la capacité de transport de la voiture

Gerstein informe ensuite le juge que l’ordre de mission fut confirmé par écrit deux jours plus tard :

« Je reçus un ordre de mission verbal, confirmé quarante-huit heures après par écrit. Cet écrit disait approximativement ceci : je vous donne l’ordre de vous procurer deux cent soixante kilogrammes de cyanure de potassium et de les transporter à un lieu qui vous sera désigné par le conducteur du véhicule n°X affecté à la mission»

C’est vraisemblablement à cette occasion que la quantité d’acide est arrêtée, et que Gerstein est éclairé quant à son utilisation.

« L’officier SS Günther m’avait chargé de prendre toutes dispositions utiles pour, une fois arrivé au camp de Belzec, remplacer comme moyen d’extermination le moteur Diesel à échappement toxique par l’emploi de cyanure. Il m’était laissé à moi le soin d’examiner les possibilités techniques de ce remplacement ».

Pourquoi, devant le juge Matteï, Gerstein change-t-il de version ? Günther a-t-il mentionné Belzec ? C’est peu probable. La référence explicite, dans le premier rapport, à un lieu qui n’était pas connu qu’au chauffeur du cammion (KG-Fr), réaffirmée dix jours plus tard dans le second
(« zu einem unbekannten Ort zu fahren, der nur dem Fahrer des Wagens bekannt sei » KG-All),
est suffisamment convaincante.
De surcroît, aucun document ou témoignage ne permet d’affirmer que Günther ait eu une connaissance détaillée d’Aktion Reinhard, ou un quelconque contact avec les centres d’extermination.

Il est évident que dans ses réponses au juge, Gerstein condense, par volonté de clarté, ce qu’il a déjà couché noir sur blanc dans ses rapports. La chronologie exacte de sa découverte progressive d’Aktion Reinhard – l’usine de Kolin, le rendez-vous avec Odilo Globocnik, l’arrivée à Belzec – est sacrifiée au profit d’un récit abrégé qui, même s’il brouille le déroulement réel des évènements, résume parfaitement la réalité des faits :

« Je fus chargé de transporter ultérieurement deux cent soixante kilogrammes de cyanure de potassium au camp de Belzec ».

Apparemment en accord avec lui-même, Gerstein ne tente nullement de se justifier. Dans son esprit, ce n’est pas ici que se situe le nœud du problème ; c’est sa participation délibérée au crime à des fins de résistance, et donc la validité de son témoignage, qu’il lui faut prouver. Pour le juge, qui n’envisage l’affaire qu’en termes de droit et d’éthique générale, la singulière déposition de cet officier SS, soit disant chrétien et résistant, n’est qu’un complexe tissu de mensonges échafaudés pour se disculper.

M : Vous saviez donc au départ de Berlin que le cyanure était destiné à l’extermination d’êtres humains ?

G : Je le savais. Je présumais qu’il s’agissait des Juifs et probablement des Polonais.

En 1945, cet aveu pèsera lourd dans les conclusions du juge.
Si Gerstein est véritablement le résistant qu’il prétend être, pourquoi a-t-il accepté la mission ?

« Je pouvais approximativement m'imaginer le genre de la mission. Je l'acceptai cependant parce qu'ici le hasard me conduisait au but: jeter un oeil dans toute cette machinerie, ce que je souhaitais depuis longtemps. Je n'avais pas non plus le plus léger scrupule. Car, si je n'avais pas accepté la mission, un autre l'aurait exécutée dans le sens voulu par le SD, tandis que, grâce à mon autorité dans le domaine des gaz hautement toxiques, je pouvais sans difficulté faire disparaître tout le chargement, comme étant décomposé ou devenu dangereux ou détérioré ».

En réalité, Gerstein a atteint son but : « Je n’avais qu’un seul désir : voir, voir dans toute cette machinerie » (KG-Fr). Cependant, au pied du mur, il réalise sans doute avoir sous-estimé les implications morales de la situation dans laquelle ses profondes convictions, mais aussi son orgueil et son sentiment d’infaillibilité, l’ont piégé. Il est assailli de doutes, et sa visite désespérée à l’église Sainte-Anne de Dahlem le confirme. Quand a-t-elle eue lieu ? Nous ne pouvons le savoir avec exactitude, mais sa nature à la fois urgente et hystérique laisse à penser que ce fut peu de temps avant le départ de la mission…







A suivre


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Re: La mission secrète de Kurt Gerstein

Message  Lucien le Ven 31 Oct - 13:02

Suite...

Sainte-Anne est la paroisse de Martin Niemöller.
Ancien sous-marinier, Nazi repenti, arrêté en 1937 pour son militantisme en faveur de la liberté
des églises et ses critiques du régime, le pasteur, d’abord détenu au camp de Sachsenhausen, croupit depuis 1940 à Dachau.
C’est le pasteur Herbert Mochalsky, la trentaine en 1942, qui le remplace.
Témoignant quatre ans après la fin de la guerre, Mochalsky décrit sa rencontre avec Gerstein :

« Je fis la connaissance de l’ancien Obersturmführer SS au RSHA, le Dr Kurt Gerstein, lorsque,
après le culte, il me rendit visite à la sacristie du temple de sainte Anne à Dahlem.
Mon sermon avait porté sur le cinquième commandement :
« Tu ne tueras point ». […] un monsieur en civil que je ne connaissais pas se présenta dans
ma sacristie. Il me remit un document bordé de rouge avec la mention : ‘Affaire Secrète du Reich’, adressée à l’Obersturmführer SS Gerstein […] Il me dit qu’il était Gerstein et que, dans sa valise,
se trouvait son uniforme SS.
Il était passé par hasard devant l’église […] et avait assisté au culte avec les paroissiens.
Selon lui, avoir entendu un sermon sur le cinquième commandement était un effet de la Providence. Depuis quelques jours, en effet, l’ordre contenu dans l’Affaire Secrète du Reich qu’il m’avait soumise le torturait. Il devait se procurer une certaine quantité d’une préparation d’acide prussique qui suffirait, selon lui, à tuer quelques dizaines de milliers d’hommes.
Rien de tel n’était, en fait, écrit dans ce document, mais il se rendait compte que cet acide serait probablement utilisé à l’extermination d’êtres humains. Il avait l’intention de se suicider.
L’exécution de cette mission lui était impossible. Pour autant que je me souvienne, il était entré dans les SS parce que sa sœur avait été tuée dans une maison de santé sur l’ordre de ceux-ci et qu’il voulait découvrir les responsables de ces meurtres. […] J’ai longuement parlé avec Gerstein
et je suis convaincu qu’il a vraiment été victime de ce système SS qui mettait chacun dans une situation de contrainte inextricable. Gerstein était profondément bouleversé et ne voyait pas d’issue. Ensuite je n’eus plus de ses nouvelles ».

Ce récit, un peu trop mesuré, n’est guère convaincant. On ne peut s’empêcher de penser que le pasteur, tout en défendant Gerstein, tente simultanément de s’en dissocier. Possible qu’à cette époque (1950), témoignant devant les tribunaux de dénazification, Mochalsky ait oscillé entre la crainte d’être associé de trop près à un personnage trouble, et le désir, en présence des familiers de Gerstein, de farder son irrésolution. Quoi qu’il en soit, il ne donne aucun détail du contenu de sa « longue » conversation avec Gerstein, ni de ses propres réactions à cette inquiétante visite ; c’est à peine s’il semble surpris.

Retrouvé et interviewé en 1967 par Pierre Joffroy,Mochalsky , âgé de cinquante-sept ans,
se remémore une histoire analogue, et pourtant sensiblement différente :

« Ce jour-là, […] j’ai prêché sur le cinquième commandement :
‘Tu ne tuera point’. Pendant que je parlais, j’ai remarqué un inconnu dans l’assistance ;
j’ai pensé qu’il était de la Gestapo et que le thème de mon sermon allait me valoir des ennuis.
Je suis revenu à la sacristie. […] La porte s’est ouverte et l’homme que j’avais vu dans l’église est entré. Il portait une valise. Il paraissait effroyablement nerveux. […] Il m’a dit : […]
‘Je vous ai entendu prêcher sur le cinquième commandement.
Cela me touche personnellement. C’est la Providence qui m’a guidé ici.
Une chose terrible m’est arrivé…’ Il a sorti de sa poche un papier bordé de rouge. J’ai eu peur.
Ceux qui ont eu affaire à la Gestapo connaissent ce genre de papier, l’ordre d’arrestation.
J’ai pensé qu’il allait m’emmener. Il a dit :
‘J’appartiens à la SS’. Il a déployé le papier sous mon nez. ‘Lisez vous-même’, a-t-il dit.
‘C’est un ordre qui m’envoie chercher de l’acide prussique. Vous savez ce que cela signifie ?’
J’étais trop étonné pour réagir. Un SS me montrait à moi un papier avec la mention
Affaire Secrète du Reich ! […] ‘C’est très secret’ insistait-il. Je continuais à croire à une provocation. Il a poursuivi : ‘Ce chargement que je dois aller chercher est destiné à tuer des milliers et des milliers de gens, vous savez, ceux qu’on appelle des sous-hommes.’ Puis il a dit :
‘Monsieur le pasteur, que dois-je faire ? Si j’exécute l’ordre, je deviens le complice de cette extermination. Je suis décidé à me donner la mort’. […] Il m’a expliqué qu’il était devenu SS
parce qu’il voulait retrouver les assassins de sa sœur ou belle-sœur.
Et une deuxième fois il m’a demandé ‘Que dois-je faire ?’ Je ne sais plus ce que je lui ai répondu.
Il est parti avec sa valise ».


(Sainte Anne de Dahlem )

Herbert Mochalsky a eu peur… Si sa réaction, sans doute justifiée par l’apparition soudaine de Gerstein et la gravité de ses révélations, peut se comprendre, elle n’en reflète pas moins l’indécision et l’incapacité chroniques du Protestantisme allemand dans son ensemble à se mobiliser contre les excès du régime, et les persécutions antisémites en particulier (voir : http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/les-resistances-f33/resistance-des-protestants-allemands-t5617.htm ). Quant à sa référence au meurtre de la belle-sœur de Gerstein, Bertha Ebeling, lors du « Programme d’euthanasie pour les Incurables » (voir : http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/crimes-de-guerre-et-contre-l-humanite-f18/euthanasie-route-vers-le-genocide-t5874.htm ), cette dernière est généralement interprétée comme le motif invoqué par Gerstein pour justifier son entrée à la SS. Elle n’a pu être inventée par Mochalsky mais, dans son rapport, Gerstein la mentionne de façon nettement moins explicite. Bien que Gerstein en ait certainement fait usage pour rassurer le pasteur quant à la pureté de ses intentions plutôt que de se lancer dans une explication complexe de ses profondes motivations religieuses, elle ne correspond pas à la réalité. À ce sujet, nombre d’historiens ont accepté cette explication comme argent comptant, sans manquer d’objecter, à juste titre, que Gerstein avait fait acte de volontariat à la Waffen-SS plusieurs mois avant le meurtre de Bertha Ebeling ; argumentant ainsi un mensonge de Gerstein quant aux motifs réels de son engagement. Mais Gerstein ne prétend aucunement être entré à la SS par réaction au meurtre de sa belle-sœur ; dans les rapports, cette observation anecdotique n’est utilisée qu’en tant qu’argument supplémentaire à l’affirmation initiale d’un désir de s’immiscer dans les arcanes du programme d’euthanasie à des fins de résistance, ou tout du moins d’espionnage :

Rapport Français :
« Écoutant des massacres des imbéciles et aliénés à Grafeneck, Hadamar etc., choqué et blessé dans mon intérieur, ayant tel cas dans ma famille, je n’avais qu’un seul désir voir, voir dans toute cette machinerie […] »

Rapport Allemand : « Lorsque j’entendis parler de l’assassinat massif de malades mentaux à Hadamar, Grafeneck et autres lieux, je n’eu plus qu’un seul désir :
‘Il te faut voir toi-même dans cette chaudière du Diable et faire connaître au peuple ce qui
se passe, même au péril de ta vie. […] Ceci d’autant plus que ma belle-sœur Bertha Ebeling
de Saarbrücken avait été mise à mort à Hadamar ».

Bien fondée ou mal fondée, la décision de Kurt Gerstein de poursuivre sa quête de connaissance au mépris des risques (physiques et moraux) encourus semble bien prendre sa source dans une conviction religieuse… La demande d’avocat écrite par Gerstein au crayon, en français, le 15 juillet 1945, le confirme sans aucun doute : « Gerstein, Kurt demande à Monsieur le Commandant du Tribunal Militaire de Cherche Midi de lui permettre le choix d’un avocat. […] Si l’avocat de confiance de sa Altesse l’évêque de Paris ou celui de la congrégation Societas Jesus de Paris. À mon cas sont traités des affaires des églises chrétiennes, pour lesquelles je vous prie tel avocat avec des intérêts et connaissances spécifiquement chrétiennes. »

À suivre


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Re: La mission secrète de Kurt Gerstein

Message  Lucien le Ven 31 Oct - 13:05

Suite...

Le Pasteur Mochalsky n’a donc pas su répondre au désarroi de Gerstein ; il
« ne souvient plus de ce qu’il lui a dit »… Kurt Gerstein quitte Saint-Anne sans le soutien moral
qu’il comptait y trouver ; désemparé sans doute, et plus seul que jamais, mais déterminé aussi. Entre la « prudence chrétienne » et la « lâcheté chrétienne », il a tranché ; car le silence a ses limites, y compris celui « destiné à empêcher le pire ».
Comme le disait le Père jésuite Pribilla (membre du mouvement Zentrum dissout en 1933 à la demande d’Hitler), « le pire qui puisse réellement arriver serait que la vérité et la justice ne
trouvent plus de hérauts et de martyrs sur la terre ».
Quelles sont les profondes motivations de Gerstein ? Dénoncer l’extermination au péril de sa vie ?
Un sentiment de culpabilité et la nécessité d’une rédemption « par les actes »?
Certains y verront une témérité irréfléchie, d’autres, plus conventionnels, la preuve flagrante
d’un désordre psychique, ou d’une obsession – voire fascination – pour la mort ; cherchant à tout prix une preuve d’irrationnel pour expliquer un comportement peu orthodoxe.
Le fait de différer des gens « normaux » qui n’élevèrent jamais leurs voix contre Hitler,
et la ferveur d’un engagement spirituel hors appartenance renvoyant le Chrétien de base
à la tiédeur de ses convictions, le rendent outré, ou suspect au regard de la correction politique. Comment juger les méandres qui mènent un individu à la foi ?
« Je suis un Chrétien convaincu, bien que je n’évolue pas dans la stricte ligne du dogme
ou de l’orthodoxie » (Gerstein, Kurt. Lettre de Gerstein à son oncle maternel Robert Pommer,
1938 – cité par P. Joffroy).
Du strict point de vue de l’engagement chrétien, il n’y a pas de paradoxe.

C’est donc à Sainte-Anne que Gerstein, en harmonie avec le concept de lutte intérieure qu’il a toujours prôné, trahit ouvertement l’Etat pour la première fois, en divulguant le « secret d'État»
à un anonyme. Mais, à ce stade, que sait-il exactement de ce qui se trame en Pologne ?
Günther n’est certainement pas entré dans les détails.
Des milliers et des milliers de gens seront assassinés, c’est un fait établi ; mais comment ?
Comme une immense tranche de la population, Gerstein est nécessairement au courant des exactions commises en territoire soviétique par les Einsatzgruppen; imagine-t-il des tueries
par camion à gaz, comme pratiquées par certains commandos, ou à Chelmno ?
Des opérations du type T4 ? Il est loin de la vérité ; le choc émotionnel qu’il subira par la suite
à Belzec, et qui transpirera de façon si bouleversante dans son rapport, traduit nettement
la nature inimaginable et sans précédent des scènes dont il fut le témoin.

Gerstein n’accomplit la mission dont l’a chargé Rolf Günther que deux mois plus tard.
À ce sujet, commentant un livre de l’historien vulgarisateur Alain Decaux traitant superficiellement de l’affaire Gerstein, le négationniste Henri Roques ironise :
« Or, c'est seulement à la mi-août que Gerstein entreprit le voyage.
Pourquoi ce retard? N'y avait-il aucune urgence à exécuter l'ordre d'un supérieur? ».

Il n’y a en fait aucun mystère là-dedans.
Tant les recherches les plus pointues que les documents SS eux-mêmes prouvent que les convois de déportés vers Belzec (ainsi que les gazages) furent momentanément interrompus au mois de mai 1942 afin de procéder aux transformations prévues.
Le camp fut divisé en deux sections distinctes et, en juillet, les anciennes chambres à gaz en bois remplacées par une nouvelle structure en brique et béton, plus grande et plus fonctionnelle.
Un renfort de personnel T4 fut acheminé vers le camp, et ce n’est que le 15 juillet que Belzec
reprit son activité d’extermination.
C’est à partir du 1er Août 1942 que l’extermination des Juifs Européens et du district de Lublin
est nettement accélérée. Gerstein dit la vérité, puisque le délai de deux mois qu’il respecte entre
la commande de Günther, en juin, et la mission à Lublin, mi-août, correspond à la période d’inactivité de Belzec. Gerstein n’en fait d’ailleurs aucun mystère puisqu’il déclare au juge avoir été chargé
de transporter sa cargaison ultérieurement.

C’est maintenant qu’entre en scène un personnage qui va faire couler beaucoup d’encre, en s’inscrivant de façon indélébile dans le récit de Gerstein, de manière à la fois positive et négative. Positive en ce que son témoignage confirme malgré lui l’essentiel du rapport de Gerstein, et négative de par son appropriation à des fins révisionnistes. Ce sont d’ailleurs les polémiques créées par ces dernières qui lui confèrent une aura de mystère en réalité inexistante.
Gerstein décrit cette rencontre de deux façons légèrement différentes.
Dans le rapport en Français du 26 avril 1945 :

« Le cammion chargé, nous partions à Lublin-Pologne. Nous prennions avec nous le professor
Dr méd. Pfannenstiel ordinarius d’hygiène de l’université Marbourg-Lahn ».

Dans le second, en Allemand, daté du 6 mai 1945 :

« Comme il y avait encore une place dans la voiture, je me déclarai prêt à emmener le Prof.
Dr. med. Pfannenstiel, titulaire de la chaire d'Hygiène à l'Université de Marburg Lahn ».

Les renseignements concernant l’Obersturmbannführer SS (lieutenant-colonel) Professeur
Wilhelm Pfannenstiel sont minces. Presque toujours associés au rapport Gerstein,
ils sont pour la plupart identiques et succincts.
Or si le négationnisteHenri Roques est, comme il semble le prétendre, mieux renseigné, il ment
par omission en tentant de nous présenter un Pfannenstiel, sinon respectable tout du moins candide, et donc digne de foi.


( Wilhelm Pfannenstiel Source: US Army archives)

Né le 12 février 1890 à Breslau, Wilhelm Pfannenstiel obtient la chaire d’hygiène de l’université
de Marbourg en 1931, succèdant au Dr. Heinrich Bonhoff.
Membre du NSDAP dés 1933, il entre à la SS (n° 273083) en 1936 et, le 1er janvier 1937,
muté à Arolsen (Hesse), assume la fonction de médecin au sein de l’Oberabschnitt Fulda-Werra, sous le commandement du HSSPF Obergruppenführer Josias Erbprinz zu Waldeck und Pyrmont.

Auteur de plusieurs articles sur la sérologie, la désinfection, et la tuberculose, il devient, en 1939, conseiller en hygiène et en bactériologie auprès la Waffen-SS, pour le compte de laquelle il sillonne la France, la Norvège, et l’Europe de l’Est. Henri Roques nous décrit un homme ayant vécu « […] une existence fertile en mésaventures imprévues » et s’empresse d’ajouter que « Même si son rôle ne fut que celui d'un spectateur, son témoignage, de ce fait, revêt une importance capitale ». L’Obersturmbannführer SS Pfannenstiel ne serait donc qu’un honnête professeur d’hygiène, parachuté malgré lui dans une mission ultrasecrète en tant que simple spectateur ?

En réalité, ses fonctions d’hygiéniste prévoient non seulement l’inspection des casernes SS
mais également des camps de concentrations sur l’ensemble du territoire allemand.
Parallèlement, Pfannenstiel agit en conseiller auprès du Lebensborn, se spécialise en hygiène raciale, et préside la Deutsche Gesellschaft für Rassenhygiene (Société Allemande pour l’Hygiène Raciale)
de Marbourg. Plus tard, en 1944, il publiera Der moderne Krieg als Lehrmeister de Hygiene,
un ouvrage consacré aux problèmes d’hygiène en temps de guerre.
Hautement loué par ses collègues, il sera promu Standartenführer (colonel) la même année.
Mais ce n’est pas tout. Pfannenstiel fait aussi partie du proche entourage d’Ernst Grawitz, Reichsarzt SS, chef du Service de Santé SS pour l’ensemble du Reich.
Comme Grawitz, Pfannenstiel se passionne pour les expériences médicales sur cobayes humains.

Henri Roques déclare :

« Ajoutons qu'on lui reprochait également d'avoir été plus ou moins [sic] complice d'expériences médicales de résistance au froid effectuées sur des détenus du camp de concentration de Dachau par le Dr. Rascher.
Il s'en défend, mais, vraie ou fausse, l'accusation peut avoir pour lui de lourdes conséquences ».

Une lettre datée du 18 novembre 1943, dans laquelle le médecin criminel Sigmund Rascher, écrivant du camp de Dachau, s’adresse à Pfannenstiel,
ne laisse planer aucun doute à ce sujet :

« Professeur hautement estimé! » (« Hochverehrter Herr Professor ! »)
[…] Je me permets de vous demander si vous souhaitez toujours que nous pratiquions des expériences sur des êtres humains dans le cadre d’une résistance accrue à l’altitude par administration de vitamines. Dans l’affirmative, je vous saurais gré de bien vouloir vous adresser au président du Conseil de Recherches du Reich et chef du Comité de Direction d’Entreprise, le Standartenführer SS Wolfram Sievers, […] afin qu’une chambre à basse pression mobile puisses être réquisitionnée auprès de la Luftwaffe pour nos expériences communes » (NMT 01. « Procès des Médecins » - USA v. Karl Brandt, et al.,
Traduction anglaise p. 10363; 26 Juin 1947).

Pour compléter le tableau, notons que Pfannenstiel fréquente également
le Standartenführer SS Max de Crinis, nazi de la première heure, professeur
en psychiatrie à la Faculté de Berlin,
et participant de l’opération T4, le programme d’euthanasie pour les incurables.
Comme on le voit, l’acheminement de Pfannenstiel vers l’Aktion Reinhard n’a rien d’une suite
de « mésaventures imprévues » comme Henri Roques voudrait nous le faire croire, mais témoigne
au contraire de l’itinéraire d’un initié vers un aboutissement logique.

Pourtant, jusqu’à maintenant, les raisons de la présence de Pfannenstiel dans le convoi Gerstein, et à Belzec, n’ont jamais été clairement élucidées…

À suivre… (le mystère s’épaissit)


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Re: La mission secrète de Kurt Gerstein

Message  Lucien le Ven 31 Oct - 13:08

Bonjour à tous; suite & fin :

Lors d’une de ses premières dépositions, le 6 juin 1950, Pfannenstiel déclare devant
le tribunal de Darmstadt :

« Durant l’été 1942, en qualité de spécialiste en hygiène, il me fut ordonné de me rendre à Lublin afin en tant que conseil en travaux sanitaires urbains (réserves d’eau potable, traitement des eaux usées). Je me suis donc rendu à Berlin afin d’y obtenir une voiture car le trajet en train prenait trop de temps. Je n’ai pas réussi à obtenir une voiture, mais on m’indiqua que le Dr. Gerstein se rendait à Lublin et on m’ordonna de prendre contact avec lui, ce que je fit. Le Dr. Gerstein m’informa qu’il devait passer par Prague. J’y consentis. Un camion vide suivait notre voiture. Pendant le voyage, le Dr. Gerstein m’expliqua qu’il devait aller chercher de l’acide prussique dans une usine de Collin près de Prague. Il ne me dit pas à quelles fins. Je ne le demandais pas non plus. Sachant que le Dr. Gerstein était chargé de travaux de désinfection, il me semblait en effet tout naturel que l’acide fût destiné à cet usage ».

Ce récit est évidemment une pure fiction. Non seulement Pfannenstiel reste délibérément vague sur son rôle technique, et tente par ce biais de suggérer le hasard total de sa présence dans une mission Aktion Reinhard, mais il est également difficile de croire qu’un « passager » ait pu prendre place à côté de Gerstein alors que ce dernier accomplit une mission ultrasecrète. Il n’y a pas, en 1942, de pénurie ; Pfannenstiel, un Obersturmbannführer SS, n’aurait eu aucune difficulté à trouver un moyen de transport.

Dés le départ, Pfannenstiel fait tout ce qu’il peut pour se distancier de la mission, quitte à prétendre qu’il n’en faisait pas partie. Or, comme nous le verrons, tout semble indiquer que Gerstein et Pfannenstiel partirent ensemble de Berlin, tous deux individuellement mandatés à Lublin avec des tâches différentes dans le cadre d’une seule et même opération : remédier aux problèmes d’hygiène dans les camps d’Aktion Reinhard et que, dans une certaine mesure, leurs missions respectives se superposèrent. Il n’est pas non plus exclu, toujours pour des raisons de sécurité, que Gerstein n’ait eu, au départ, qu’une connaissance officielle des tâches assignées à Pfannenstiel (travaux sanitaires urbains), et vice-versa. Quoi qu’il en soit, tout porte à croire que l’expédition fut montée par le RSHA sur demande expresse du SSPF Odilo Globocnik, et peut-être même à l’insu de Christian Wirth (voir : http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/crimes-de-guerre-et-contre-l-humanite-f18/comment-devient-on-un-assassin-t5345.htm#92172 ).

Un message radio, intercepté le 13 juin 1942, par les services secrets Britanniques, entre le service du Gruppenführer Grawitz et Globocnik, en réponse à un message précédent de ce dernier, fait état de ce que Grawitz aurait transmis un message de Globocnik au Service de Santé de la SS à Berlin. À ce qu’il y paraît, Globocnik demandait la création d’un Institut d’Hygiène Waffen-SS à Lublin. (Public Record Office. Kew, Royaume Uni : HW 16/19 /ZIP/GPDD 124, message 36/37, transmis le 13 juin 1942). La date du message correspond de près à la visite de Rolf Günther à Gerstein. Or si elle ne prouve aucunement un lien entre les deux évènements, elle confirme indéniablement les préoccupations de Globocnik quant aux questions d’hygiène dans son fief de Lublin, et ceci deux mois avant la visite de Pfannenstiel et de Gerstein.

Mi-août 1942, donc… Un camion et une voiture (conduite par un chauffeur du SD) quittent Berlin à destination de Kolin, en Tchécoslovaquie, où l’usine Kaliwerke A. G. est prête à livrer la quantité de poison demandée. Deux autres subordonnés (officiellement inconnus – mais dont le chauffeur du camion n’est autre que Robert Weigelt, l’adjudant de Gerstein, que ce dernier ne nommera jamais afin de lui épargner des poursuites après-guerre) accompagnent le convoi… Bien que Dessau, l’autre ville fournisseur d’acide cyanhydrique (Dessauer Werke für Zucker und Chemische Industrie), ne soit qu’à une centaine de kilomètres de Berlin, Gerstein opte pour se fournir à Kolin, petite ville à 60 kilomètres au sud-est de Prague. Pourquoi Kolin ? Il fut longtemps suggéré que ce choix émanait d’un désir du SD de facturer les produits liés à l’Aktion Reinhard hors d’Allemagne, afin de mieux préserver le secret. C’est possible mais tout porte à croire que le véritable instigateur de cette décision fut Gerstein lui-même car, lors de son interrogatoire du 19 juillet 1945, il déclare au juge Matteï : « C’est moi-même qui ai choisi Kolin car je savais que l’on y fabriquait du cyanure, comme on en fabriquait également à Dessau ». Comme nous allons le voir, cette décision semble faire partie de la stratégie de Gerstein, qui vient d’entamer sa résistance sous forme d’un subtil sabotage du secret de l’opération et qui, par conséquent, aspire à s’éloigner le plus possible de Berlin :

« À Kollin, j'avais laissé entrevoir, par des questions techniques volontairement maladroites au personnel tchèque de la fabrique, que l'acide cyanhydrique était destiné à tuer des êtres humains. J'ai toujours agi de même par la suite, la meilleure façon de répandre la chose dans le peuple »
(KG-All).

On imagine le genre de questions : « C’est si dangereux que ça ? », ou encore :
« Vous pensez qu’une boîte comme ça pourrait tuer combien de personnes ? ».
On imagine aussi la bobine du manager Tchèque devant ce gradé SS qui le presse de questions
pour le moins inhabituelles…
Bien entendu, le produit, auquel on a donné le nom de Zyklon, est un agent de désinfection courant dans la lutte contre les parasites et les rongeurs, et est utilisé à ces fins depuis la 1ere Guerre Mondiale ; et le personnel de l’usine ne peut l’imaginer autrement…
Mais les mots de Gerstein sèmeront, espère-t-il, le doute dans l’esprit du manager.


(Stock de Zyklon)

Quarante-cinq « bouteilles » sont chargées dans le camion. Mais de quel type de produit s’agit-il ? Une polémique mineure s’est installée quant à la nature exacte du Blausaüre en question.
Dans un article paru en 2002, Florent Brayard, chercheur à l’IHTP, citant une des dépositions
de Pfannenstiel, conclut :
« Cependant, il est probable que les souvenirs de Pfannenstiel étaient approximatifs, car il avait donné par ailleurs un détail précis doté d’une grande importance : le Zyklon B dont Gerstein prit livraison à l’usine de production de Kolin, près de Prague, était de l’acide prussique sous forme liquide, conditionné dans des bouteilles en fer et en tant que tel beaucoup plus dangereux »...

C’est inexact. Dans sa déposition du 6 juin 1950, devant la Cour de Darmstadt, Pfannenstiel
déclare effectivement « […] On fit occasionnellement appel à moi lors de travaux de désinfection pour lesquels, je le savais déjà à ce moment-là, on utilisait de l’acide prussique liquide.
Je n’en fis cependant moi-même jamais usage pendant la guerre. Cet acide prussique sous sa forme liquide était également appelé Zyklon B ». Mais, plus loin dans sa déposition, il précise : « […]
Mais, à l’usine – qui était de petite dimension – j’appris bientôt que le produit chimique en question était de l’acide prussique gazeux. J’ignorais, jusque-là, l’existence d’acide prussique sous cette forme. Mais ses inconvénients me furent aussitôt signalés, à savoir que, sous une pression considérable, il se décomposait ».
Il ne fait donc aucun doute que l’acide prussique transporté par le convoi Gerstein
est une variété gazeuse, c’est-à-dire de l’acide cyanhydrique absorbé
par de la terre d’infusoires, et fixé par un agent stabilisateur pour en retarder l’altération.
Le produit, auquel un avertisseur irritant et lacrymogène a été ajouté, se présente sous la forme
de cristaux bleu-améthyste imbibés ; une fois les bouteilles ouvertes, l’acide et l’avertisseur s’évaporent. Il semble bien, donc, qu’il s’agisse de Zyklon B. En ce qui concerne les bouteilles,
le mot allemand utilisé par Pfannenstiel est « Druckflasche », ce qui signifie « bouteilles à pression ».

La question quant à la nature exacte du produit trouve également sa réponse dans la simple logique technique, car on est en droit de se demander comment les SS s’y seraient pris pour désinfecter d’immenses quantités de vêtements ou assassiner des milliers de personnes avec de l’acide liquide.


( Étiquette de Zyklon B de l'usine de Kolin )

La mission Gerstein quitte l’usine de Kolin, a priori non munis de masques à gaz équipés des filtres « J » spéciaux (manufacturés par la firme Auer à Berlin et Hambourg et utilisés par la suite à Auschwitz). En réalité rien ne permet de l’affirmer. Car si l’on veut bien admettre le caractère expérimental de l’opération, il est plus difficile d’imaginer, dans une situation professionnelle apparemment classique, qu’un produit aussi toxique fut fourni par l’usine de Kolin à deux agents SS sans les masques à gaz indispensables. Le manuel d’utilisation du Zyklon B est on ne peut plus clair à ce sujet : « Lors de fumigations au Zyklon, n’utilisez que des filtres spéciaux de type « J » (bleu-marron). Si le gaz s’infiltre dans le masque, quittez le bâtiment immédiatement et changez le filtre après avoir vérifié l’étanchéité du masque ». La section VI du même manuel précise que tout désinfecteur doit impérativement être muni de « deux filtres spéciaux », d’un manuel de secouriste en empoisonnement à l’acide cyanhydrique, et d’une autorisation d’utilisation en bonne et due forme (Directives for the use of Prussic Acid/ZYKLON for the destruction of vermin – Doc. NI-9912 traduction. Office of Chief of Counsel for War Crimes). Peut-on imaginer un tel manquement de la part du fournisseur? Ou que Gerstein, officier spécialiste, n’en ait pas prévu pour un transport aussi dangereux ? Difficile à croire. Une chose par contre est probable, c’est qu’aucun membre d’Aktion Reinhard n’est formé à l’utilisation du Zyklon B ; un état de choses qui va grandement faciliter le jeu de Gerstein…

Pendant le voyage vers la Pologne, Gerstein décèle une fuite dans le chargement de Zyklon
et en fait enterrer une bouteille.
L’incident fut corroboré Pfannenstiel, en 1950, devant la Cour de Darmstadt :

« Dr. Gerstein et moi partîmes ensuite pour Lublin. Pendant le trajet, un des cylindres commença
à fuir et dû être enterré ».
Curieusement, Gerstein ne mentionne pas cet épisode dans son rapport ; il n’en parlera qu’au juge militaire français Matteï, le 19 juillet 1945 :
« En cours de route l’une d’elles fut vidée par mes soins avec toutes les précautions voulues
car c’était dangereux » (masque de protection ?). Nous ne savons rien de cet épisode.
Le convoi roulait-il ? Était-il à l’arrêt ? Une bouteille de Zyklon B s’est-elle mise à fuir (à cause de la corrosion) quelques heures à peine après la livraison ?
Ou Gerstein a-t-il prétexté une fuite simplement pour voir si son autorité de « spécialiste »
était mise en doute – pour voir jusqu’où il pouvait aller ? Quoi qu’il en soit, Pfannenstiel n’objecte pas, et s’incline devant l’avis de l’expert…

Le convoi repart vers Lublin, où il arrive le 17 août, ou le 16 au soir…

C’est tout pour l’instant. La singulière rencontre du lendemain avec le SSPF Odilo Globocnik, organisateur et chef suprême d’Aktion Reinhard, et l’hallucinante visite de Belzec le jour d’après, feront l’objet d’un autre thread… une autre fois.


Sources :

- Rapport Gerstein ; dactylographié, rédigé en allemand et daté du 6 mai 1945.
Original de treize pages conservé aux National Archives de Washington (NARA).

- Rapport Gerstein ; dactylographié, rédigé en français et daté du 26 Avril 1945 à Rottweil.

- Interrogatoire de Kurt Gerstein. 19 juillet 1945 – 2e Tribunal Militaire. Paris

- Hébert Valérie. Disguised Resistance ? The story of Kurt Gerstein. Holocaust and Genocide Studies : Vol. 20, N° 1 – Oxford University Press, 2006.

- Témoignage du pasteur Herbert Mochalsky. Sagel-Grande et al. Justiz und NS-Verbrechen : Massenvernichtstungsverbrechen in Lagern Landgericht Frankfurt am Main 28.3.1949.
Paru dans Le Dossier Gerstein dans Le Monde Juif – janvier-mars 1964.
Cité par Saul Friedländer. Kurt Gerstein ou l’ambiguïté du bien – Casterman, Tournai, 1967.

- Herbert Mochalsky à Pierre Joffroy. Francfort-sur-le-Main. Janvier 1967

- Decaux, Alain. La Guerre absolue, 1940-1945, Paris, Editions Perrin, 1998

- Roques, Henri. Quand Alain Decaux raconte l'histoire du SS Kurt Gerstein –
Éditions Vincent Reynouard (1998)

- Arad, Yitzhak. Belzec, Sobibor, Treblinka ; The Operation Reinhard Death Camps –
Indiana University Press, 1987.

- Revue médicale Lung. Vol. 89, n° 6-8 – Juin 1937 et Revue médicale Journal of Molecular Medicine. Vol. 15, n° 26 – Juin 1936

- Roques, Henri Les « confessions » de Kurt Gerstein.
Étude comparative des différentes versions » (Édition Critique.) 1985.

- Quecke, Kurt « Die Geschichte der Medizinischen Fakultät der Universität Marburg » dans « Das Gesundheitswesen in Hessen » Trautheim 1962

- Brayard, Florent. Comment l’idée vint à M. Rassinier ; naissance du révisionnisme – Fayard, 1996.

- Friedländer, Saul. Kurt Gerstein ou l’ambiguïté du bien – Casterman, Tournai, 1967

- Joffroy, Pierre. L’Espion de Dieu ; la passion de Kurt Gerstein (ré-édition) – Seghers, Paris, 1992.

- Brayard, Florent L’Humanité versus Zyklon B ; l’ambiguïté du choix de Kurt Gerstein Revue 20e Siècle n° 73 janvier-mars 2002

- Poprzeczny, Joseph. Odilo Globocnik ; Hitler’s man in the East – Mc Farland & Co., 2004

- O’Neil, Robin. Belzec : Prototype for the Final Solution ; Hitler's answer to the Jewish Question – E-book : www.jewishgen.org/belzec1/belzec.html

SOURCE:
http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com

Voilà pour ceux qui ne croient pas à "l'arme du crime"!!! on attends vos "arguments".

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Re: La mission secrète de Kurt Gerstein

Message  Mr Klein le Ven 31 Oct - 17:57

Je voudrais juste citer un extrait de l'historien Alain Decaux:
Source/RUMEURS,plus vieux média du monde de Mr Klein sur ce forum.

Alain Decaux et les "confessions" de K.Gerstein.

Un exemple très révélateur est la manière dont Alain Decaux traite
les ébouriffantes "confessions" de Kurt Gerstein,un SS qui prétendait
avoir assisté à un gazage homicide au camp de Belzec.
Il admet sans peine qu'elles sont émaillées:

"d'invraisemblances et de contradictions flagrantes" *
dont il cite quelques exemples:
*(Voy.A.Decaux, La guerre absolue.1940-1945(éd.Perrin,1998),p.150.

1.) - Hitler et Himmler visitant Belzec le 15 août 1942.
Ce jour-là,indique Alain Decaux,"Hitler se trouvait à Winniza,
sur le front de l'Est alors en pleine offensive" (p.150).

2.) -25 millions de personnes exterminées à Belzec et Tréblinka:
"L'absurdité de ce chiffre,écrit-il,dispense de toute discussion"(p.150).

3.) -700 à 800 personnes entassées dans un espace de 25 m2:

"Il suffit que nous mesurions dans notre propre habitation,une pièce
de 5 m sur 5 m pour concevoir l'impossibilité d'un tel entassement"
( Ibid,p.151).

4.) - tas de chaussures (celles des gazés) haut de 30 à 40 mètres:
cela "correspond à celle d'un immeuble de dix à douze étages",
souligne-t-il.
"Comment accéder à une telle altitude pour y ajouter des chaussures?"(Ibid).

Mais loin de s'offusquer et de rejeter le "témoin" Gerstein,
Alain Decaux prétend sauver "l'essentiel" de son récit,c'est-à-dire
le "gazage homicide".
Il commence par écrire:

" les circonstances très particulières dans lesquelles se trouvait
Gerstein au moment où il rédigeait ses textes (comprenez:
"confessions") permettent d'expliquer une partie de ses erreurs
et de ses défaillances de mémoire" (Ibid,p.142).

Sur la prétendue présence d'Hitler et d'Himmler à Belzec le 15 août 42,
l'auteur formule l'hypothèse que cette "erreur" serait imputable
non à K.Gerstein mais à son supérieur,Globocnik qui,devant K.Gerstein,
en aurait "rajouté"--inventant une fausse visite du Führer--
pour magnifier la mission qui lui avait été confiée" *
*( "On doit pourtant se souvenir que K.Gerstein se contente de rapporter
une affirmation de Globocnik.Est-il exclu que,non pour magnifier la mission
qui lui avait été confiée,Globocnik en ait "rajouté"?" (Ibid,p.150).

A propos des 25 millions de morts à Belzec et Tréblinka et des tas
de chaussures haut de plusieux dizaines de mètres,A.Decaux y voit
le résultat d'une "violence" que K.Gerstein aurait éprouvée et
d'un désir de démontrer l'ampleur de l'extermination" :

"Le style de ses récits est à la mesure de la violence de ce qu'il
éprouve.
Gerstein veut convaincre:quand il tente de démontrer l'ampleur
de l'extermination,le chiffre de 25 millions vient naturellement
sous sa plume--et il dépeint des entassements impossibles"
(Ibid,p.153).

Il ajoute:

"De quel droit affirmerions-nous qu'il n'a pas vu la montagne
de chaussures qu'il dépeint?Peut-être le tas qui est demeuré
dans ses souvenirs était-il le résultat d'un grand nombre de
gazages(....).
Le certain est que ces tas étaient monstrueux!
Mesure-t-on la monstruosité?" (Ibid).

Finalement,Alain Decaux parle de "la sincérité de Gerstein
sur l'essentiel"
(Ibid,p.154),
c'est-à-dire sur le fait qu'il aurait vu un gazage homicide des juifs.
Voilà donc un exemple flagrant où,dans un récit qui fonde une rumeur,
la véracité des détails n'a strictement aucune importance,on peut sans problème admettre qu'ils sont faux et qu'il faudrait les remplacer par d'autres,moins incroyables.
Ici,le fond prime sur la forme.L'important (comprenez:ce qu'il faut retenir,
c'est le signifié (l'"Holocauste");les signifiants,quant à eux,sont.....interchangeables....


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Re: La mission secrète de Kurt Gerstein

Message  Mr Klein le Ven 31 Juil - 10:37

Alain Decaux et les "confessions" de K.Gerstein.
(Avec au passage son supérieur affabulateur ,Globocnik)

Un exemple très révélateur est la manière dont Alain Decaux traite
les ébouriffantes "confessions" de Kurt Gerstein,un SS qui prétendait
avoir assisté à un gazage homicide au camp de Belzec.
Il admet sans peine qu'elles sont émaillées:

"d'invraisemblances et de contradictions flagrantes" *
dont il cite quelques exemples:
*(Voy.A.Decaux, La guerre absolue.1940-1945(éd.Perrin,1998),p.150.

1.) - Hitler et Himmler visitant Belzec le 15 août 1942.
Ce jour-là,indique Alain Decaux,"Hitler se trouvait à Winniza,
sur le front de l'Est alors en pleine offensive" (p.150).

2.) -25 millions de personnes exterminées à Belzec et Tréblinka:
"L'absurdité de ce chiffre,écrit-il,dispense de toute discussion"(p.150).

3.) -700 à 800 personnes entassées dans un espace de 25 m2:

"Il suffit que nous mesurions dans notre propre habitation,une pièce
de 5 m sur 5 m pour concevoir l'impossibilité d'un tel entassement"
( Ibid,p.151).

4.) - tas de chaussures (celles des gazés) haut de 30 à 40 mètres:
cela "correspond à celle d'un immeuble de dix à douze étages",
souligne-t-il.
"Comment accéder à une telle altitude pour y ajouter des chaussures?"(Ibid).

Mais loin de s'offusquer et de rejeter le "témoin" Gerstein,
Alain Decaux prétend sauver "l'essentiel" de son récit,c'est-à-dire
le "gazage homicide".
Il commence par écrire:

" les circonstances très particulières dans lesquelles se trouvait
Gerstein au moment où il rédigeait ses textes (comprenez:
"confessions") permettent d'expliquer une partie de ses erreurs
et de ses défaillances de mémoire" (Ibid,p.142).

Sur la prétendue présence d'Hitler et d'Himmler à Belzec le 15 août 42,
l'auteur formule l'hypothèse que cette "erreur" serait imputable
non à K.Gerstein mais à son supérieur,Globocnik qui,devant K.Gerstein,
en aurait "rajouté"--inventant une fausse visite du Führer--
pour magnifier la mission qui lui avait été confiée" *
*( "On doit pourtant se souvenir que K.Gerstein se contente de rapporter
une affirmation de Globocnik.Est-il exclu que,non pour magnifier la mission
qui lui avait été confiée,Globocnik en ait "rajouté"?" (Ibid,p.150).

A propos des 25 millions de morts à Belzec et Tréblinka et des tas
de chaussures haut de plusieux dizaines de mètres,A.Decaux y voit
le résultat d'une "violence" que K.Gerstein aurait éprouvée et
d'un désir de démontrer l'ampleur de l'extermination" :

"Le style de ses récits est à la mesure de la violence de ce qu'il
éprouve.
Gerstein veut convaincre:quand il tente de démontrer l'ampleur
de l'extermination,le chiffre de 25 millions vient naturellement
sous sa plume--et il dépeint des entassements impossibles"
(Ibid,p.153).

Il ajoute:

"De quel droit affirmerions-nous qu'il n'a pas vu la montagne
de chaussures qu'il dépeint?Peut-être le tas qui est demeuré
dans ses souvenirs était-il le résultat d'un grand nombre de
gazages(....).
Le certain est que ces tas étaient monstrueux!
Mesure-t-on la monstruosité?" (Ibid).

Finalement,Alain Decaux parle de "la sincérité de Gerstein sur l'essentiel"
(Ibid,p.154),c'est-à-dire sur le fait qu'il aurait vu un gazage homicide des juifs...
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